Partager l'article ! Archive Journal des entreprises (CJD) Avril/Mai 1999: Bernard-Alexandre, l'accompagnateur qui transformait le plomb en or ...
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Son parcours atypique l'a mené de la toxicomanie au développement personnel auquel il initie les dirigeants mais aussi les jeunes. Portrait de Bernard-Alex dont le credo se nourrit de solidarité. "J'ai reçu la vie comme une blessure." Le mot de Lautréamont pourrait être de Bernard-Alex, qui, à 20 ans, rêvait d'égaler l'auteur des Chants de Maldoror… A quarante et un ans, toute illusion envolée, Bernard-Alex, le visage juvénile, le regard bleu ciel, publie Extr'aime violence, récit autobiographique. Tout y est dit : son enfance drômoise baignée d'humiliations, les fugues, les drogues douces à onze ans, l'héroïne et la morphine à quatorze, la prison. Et puis une rencontre avec Henri Desroches, chercheur et enseignant, alors directeur du collège coopératif de Paris, qui le sortira de son enfer. Avec ce livre, Bernard-Alex a planté le décor : "Au moins, on sait à quoi s'attendre, je ne cache rien". "On", ce sont entre autres les cadres et les chefs d'entreprise auxquels il propose une formation au développement personnel, au travers de son association L'autre regard. Avec une tonalité particulière puisque, pointant les malaises parents-enfants qui mènent à l'incommunicabilité, il propose d'intervenir aussi dans le règlement des conflits relationnels avec les adolescents. Mesurer le mal-être des jeunes Le mal-être des jeunes, privilégiés ou exclus, intéresse Bernard-Alex, l'"enfant-fauve, qui avait la rage du tigre". Loin d'en négliger l'importance, il en prend la mesure, met en garde ceux qui ne prennent pas au sérieux la révolte des jeunes, palpable dans les cités, les quartiers, les banlieues. Ce mal-être lui inspire une théorie du changement de la Cité en ce qu'il oblige à imaginer de nouvelles formes d'action pour éviter le pire. "Ce changement sera l'apanage des dirigeants dont le pouvoir est réel, car ils maîtrisent une partie du système économique, à l'encontre des hommes politiques qui ont perdu toute crédibilité. Songeons à ce qu'on pourrait réaliser avec toute cette intelligence laissée pour compte - celle des Rmistes qu'on a installés dans la misère mentale, celle des ouvriers au potentiel extraordinaire, relégués à la retraite, qui n'ont pas l'occasion de transmettre leur savoir à des jeunes !" Bernard-Alex ne jure que par la solidarité, comme clé du changement mais aussi comme moyen d'atteindre cette spiritualité qu'il pose comme un objectif essentiel à la vie. Utopiste ? Il s'en défend, pour lui l'évidence s'impose, le matérialisme ne suffit pas à l'existence. Mais une chose est de prendre conscience des vrais problèmes, une autre de vouloir y remédier. Bernard-Alex croit au pouvoir de la volonté. Contre toute attente, lui qui a erré d'école en école, se lance à sa sortie de prison dans des études supérieures en sciences sociales et en sciences de l'éducation. "S'éduquer en s'éditant" est le thème de son DEA (il a publié ses poèmes rédigés en prison) ; dans la foulée, il apprend la communication d'entreprise et s'occupe parallèlement de personnes en difficulté. Sa qualité instinctive de deviner les malaises les plus insidieux favorise l'osmose avec les "paumés". Ce que son parcours personnel explique mais aussi son expérience pratique sur le terrain. Une école de l'imagin'action Pendant son doctorat, il crée une école de l'auto-emploi pour "apprendre en pépinière d'entreprise, la conduite d'une activité économique en grandeur réelle". L'expérience durera jusqu'en 1991. Un an plus tard, sur le même principe, il profite d'un programme Paque (préparation active à la qualification et à l'emploi) pour proposer une école pratique de la citoyenneté et de "l'imagin'action", "chaînon manquant entre l'école et la vie active". Installé à Montreuil, le centre de formation Décollage fera du bruit quand le ministère menacera de supprimer les subventions liées à la fin du programme. Grève de la faim et de la soif, emmurement dans les locaux : Bernard-Alex est un extr'aimiste qui obtient gain de cause une première fois en 1994. Mais le centre ferme ses portes un an plus tard après avoir accueilli 150 jeunes dont le tiers a décroché un emploi. A ses activités de consultant et d'écrivain, Bernard-Alex ajoute celles d'autodidacte de la peinture. Car pour avoir goûté sérieusement pendant près de douze ans aux plaisirs défendus de la défonce, il tient là encore sa promesse faite un jour de 1981 pendant son dernier séjour en prison "de transformer le plomb de son passé en or pour les futurs possibles à explorer". Tous les autres futurs. Marlen Sauvage Extr'aime violence, Bernard-Alex - Editions de l'Aube . |
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